jeudi 22 janvier 2015

Théâtre | Mangeront-ils ?

Texte de Victor Hugo
Mise en scène de Muriel Vernet

Mangeront-ils ? est une pièce que Victor Hugo n’aura jamais vu montée. Deux raisons à cela. Elle paraît de manière posthume. Et elle est issue d’un recueil de pièces que l’auteur a intitulé Théâtre en liberté. Entendez : libéré du carcan de la scène – le dramaturge peinait à se remettre de l’échec des Burgraves – puisque ce théâtre n’était pas destiné à la représentation. Victor Hugo s’y autorise donc toutes les fantaisies.

En grand admirateur de Shakespeare, il se livre à une féérie où sorcière et talisman se glissent au cœur d’une satire bouffonne du pouvoir, son thème de prédilection. Au moment de l’écriture, Victor Hugo est en exil sur l’île de Guernesey, après s’être opposé à Napoléon III, « le petit ». Le roi de cette pièce en deux actes est donc vil, grotesque, despote obscur qui cherche à affamer un jeune couple reclus dans une chapelle sur l’île de Man. Son courroux lui vient de ce que lady Janet lui a préféré Lord Slada. 
En attendant, les tourtereaux s’aiment. Mais ils ont faim. Or, « Quand l’estomac trahit, l’amour est en danger. / Le cœur veut roucouler, le gésier veut manger. / Le cœur a ses bonheurs, l’estomac ses misères. Et c’est une bataille entre les deux viscères. », nous dit Aïrolo, le voleur au cœur tendre qui a résolu de sauver les amoureux. Dans ces quelques alexandrins, on retrouve la langue de Victor Hugo, son humour aussi qui désamorce ici bien à propos le lyrisme sirupeux que nous avait infligé, dans une scène précédente, le couple de jeunes premiers.
Reste que cette superbe langue se répand sur des tirades d’une centaine de vers parfois et se brise dans des alexandrins malmenés. Victor Hugo voulait en découdre avec cette entrave. Muriel Vernet, qui monte la pièce aujourd’hui, prend le parti d’une fidélité au texte à toute épreuve. Tout est entendu de la prosodie souhaitée par Hugo jusque dans ses nombreuses diérèses. Ce procédé consiste à étirer sur deux syllabes ce qui tiendrait en une seule : « li/ai/son » au lieu de « liai/son » par exemple. En déliant à l’extrême les syllabes, les comédiens font peser sur le texte une grandiloquence qui sied mal au grotesque de la satire. Et puis, cette déférence pour le vers hugolien noie souvent l’auditeur dans des logorrhées assez indigestes dont on a vite fait de perdre le fil.


A.D.

© Bertrand  Pichene
Critique
Pièce vue à
l'Hexagone de Meylan
le 21/01/2015


Mangeront-ils ?
Vendredi 23 janvier, 20h

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire